# Réparer une fenêtre bois pourri : les solutions durables

Les fenêtres en bois constituent un patrimoine architectural précieux, mais leur exposition constante aux intempéries les rend vulnérables à la dégradation biologique. La pourriture du bois représente l’un des défis majeurs pour les propriétaires de menuiseries anciennes ou mal entretenues. Contrairement aux idées reçues, la détection précoce et l’intervention ciblée permettent souvent de sauver une fenêtre compromise sans recourir au remplacement complet. Les techniques modernes de restauration, combinant savoir-faire traditionnel et matériaux innovants, offrent désormais des solutions durables pour redonner vie aux boiseries attaquées par les champignons lignivores. La clé du succès réside dans une approche méthodique : diagnostic précis, traitement curatif en profondeur, reconstitution structurelle et protection préventive. Cette démarche professionnelle garantit non seulement la pérennité de vos menuiseries, mais préserve également leur valeur esthétique et patrimoniale.

Diagnostic de la pourriture du bois : identification des champignons lignivores et zones compromises

Avant d’entreprendre toute intervention, un diagnostic approfondi s’impose pour évaluer l’étendue réelle des dégâts. Cette étape cruciale détermine la stratégie de réparation et permet d’estimer le coût des travaux. Les signes visuels évidents – bois noirci, friable ou présentant des filaments mycéliens – ne révèlent souvent qu’une partie du problème. Les champignons destructeurs du bois se développent d’abord en profondeur, fragilisant la structure avant que les symptômes ne deviennent apparents en surface. Un examen méthodique de chaque élément de la fenêtre s’avère indispensable : dormant, ouvrant, parecloses, traverses basses particulièrement exposées aux remontées d’humidité.

Détection de la mérule pleureuse et autres basidiomycètes destructeurs

La mérule pleureuse (Serpula lacrymans) constitue l’ennemi le plus redoutable des structures en bois. Ce champignon lignivore se caractérise par sa capacité à traverser les matériaux inertes pour contaminer de nouvelles zones. Reconnaissable à son mycélium blanc cotonneux et ses fructifications en forme de crêpe orangée, la mérule nécessite une humidité constante supérieure à 22% pour se développer. D’autres champignons comme le coniophore des caves ou le polypore des caves présentent également des risques significatifs. L’identification précise de l’agent pathogène influence directement le protocole de traitement : certaines espèces nécessitent des fongicides spécifiques et des mesures d’éradication plus drastiques que d’autres.

Évaluation de la profondeur de dégradation avec le test de poinçonnage

Le test de poinçonnage demeure la méthode la plus fiable pour mesurer l’intégrité structurelle du bois. À l’aide d’un poinçon ou d’un tournevis, vous exercez une pression contrôlée sur les zones suspectes. Un bois sain résiste à la pénétration et émet un son clair lorsqu’on le frappe légèrement. À l’inverse, un bois pourri s’enfonce facilement et produit un bruit sourd caractéristique. Cette technique simple permet de cartographier avec précision les zones compromises. Les professionnels utilisent également des détecteurs de densité électroniques qui mesurent la résistance du bois à la pénétration d’une sonde calibrée, fournissant des données quantifiables sur l’état de dégradation.

Analyse du taux d’humidité résiduelle avec hygromètre à pointes

La mesure du taux d’humidité du bois constitue un indicateur déterminant pour décider d’une simple réparation ou d’une reprise plus lourde de la menuiserie. À l’aide d’un hygromètre à pointes, vous enfoncez délicatement les sondes dans le dormant et l’ouvrant, en particulier au niveau des traverses basses, des feuillures de vitrage et des assemblages. Un bois destiné à être restauré durablement doit idéalement présenter un taux d’humidité inférieur à 18 %; au-delà, le risque de reprise de la pourriture et de développement des champignons lignivores reste élevé, même après traitement fongicide.

Vous effectuez plusieurs relevés pour obtenir une cartographie fiable de l’humidité résiduelle, en notant les valeurs les plus élevées. Les professionnels comparent ces mesures aux seuils recommandés par les normes en vigueur (souvent entre 12 % et 15 % pour un bois en service en intérieur, et jusqu’à 18 % pour les menuiseries extérieures). Lorsque les valeurs dépassent largement ces seuils, une phase d’assèchement prolongée, voire la dépose partielle des éléments trop imbibés, s’impose avant toute reconstitution à la résine époxy ou au mastic. Travailler sur un bois encore humide revient à construire sur du sable : la réparation sera rapidement compromise.

Cartographie des sections structurellement affaiblies du dormant et de l’ouvrant

Une fois le test de poinçonnage et les mesures d’humidité réalisés, vous pouvez établir une véritable cartographie des zones affaiblies. Cette analyse distingue les défauts purement superficiels (éclats, fibres légèrement ramollies) des atteintes structurelles qui concernent la section porteuse des montants, traverses et appuis de fenêtre. On s’intéresse tout particulièrement aux assemblages (tenons-mortaises, mi-bois), aux pieds de montants posés sur l’appui maçonné et aux feuillures accueillant le vitrage, souvent soumis aux stagnations d’eau.

Sur le terrain, cette cartographie se traduit par un marquage précis des zones à purger, à consolider ou à remplacer. Les professionnels utilisent parfois des croquis côté ou des photos annotées pour planifier les découpes et les greffes, comme un chirurgien préparerait une intervention délicate. Si plus de 25 à 30 % de la section d’un élément porteur est détruite, la simple consolidation à la résine n’est plus suffisante : il faut alors envisager la pose de greffons, voire le remplacement complet de la pièce concernée. Cette étape de diagnostic conditionne directement la durabilité de la réparation du bois pourri.

Traitement fongicide et assainissement du bois attaqué

Une réparation durable d’une fenêtre en bois pourri commence toujours par l’éradication des agents biologiques responsables de la dégradation. Sans traitement fongicide et insecticide adapté, même la meilleure reconstitution mécanique finira par être recontaminée. L’objectif est double : stopper l’activité des champignons lignivores et des insectes xylophages, puis stabiliser un support sain et sec prêt à recevoir les résines époxy, mastics et greffons. On distingue généralement un traitement curatif profond, ciblé sur les zones attaquées, et un traitement préventif plus large sur l’ensemble de la menuiserie.

Application de xylophène ou sels de bore en traitement curatif profond

Les produits de type xylophène ou à base de sels de bore sont couramment utilisés pour traiter la pourriture du bois dans les menuiseries extérieures. Ils pénètrent en profondeur dans les fibres, détruisent les spores fongiques résiduelles et confèrent au bois une résistance accrue aux attaques futures. L’application s’effectue généralement après purge des parties les plus dégradées, sur un bois propre, dépoussiéré et le plus sec possible, afin de favoriser une bonne imprégnation. Selon la porosité du support, plusieurs passes au pinceau, au pulvérisateur ou par trempage localisé peuvent être nécessaires.

Vous respectez scrupuleusement les prescriptions du fabricant : dosage, temps de séchage, équipements de protection individuelle (gants, masque, lunettes). Les sels de bore, appréciés pour leur faible toxicité environnementale, sont particulièrement indiqués pour un traitement fongicide durable dans l’habitat. Ils agissent un peu comme un vaccin pour le bois : ils restent présents dans la masse et perturbent le métabolisme des champignons qui tenteraient de s’y développer à nouveau. Sur les zones fortement contaminées, on complète souvent l’imprégnation de surface par des injections ciblées.

Décapage mécanique par grattage et brossage des fibres nécrosées

Avant ou après le traitement fongicide, il est indispensable de retirer toutes les fibres nécrosées et non porteuses. Ce décapage mécanique s’effectue au ciseau à bois, au racloir, à l’outil oscillant ou à la brosse métallique, selon l’accessibilité et la finesse de la menuiserie. L’idée est de revenir à un bois sain, homogène et suffisamment résistant pour supporter les contraintes mécaniques et l’adhérence des résines ou des mastics de réparation. Mieux vaut retirer un peu plus de matière douteuse que de laisser subsister des poches de bois pourri, véritables bombes à retardement.

On procède de manière progressive, en contrôlant régulièrement la dureté au poinçon et l’aspect des fibres coupées. Un bois encore altéré présente une texture feutrée, spongieuse, qui se délite en poussière sombre. À l’inverse, un bois sain offre un fil net et une teinte plus vive. Ce travail peut sembler fastidieux, mais il conditionne la longévité de toute la restauration : une résine époxy appliquée sur un support mal décapé adhérera mal et craquera sous les variations hygrométriques. Le décapage constitue en quelque sorte la « préparation du terrain » avant la reconstruction.

Injection sous pression dans les galeries creusées par les insectes xylophages

Lorsque la fenêtre présente des traces d’attaques d’insectes xylophages (capricornes, vrillettes, termites), la simple pulvérisation de surface ne suffit pas. Les galeries, souvent invisibles en façade, peuvent fragiliser considérablement la section du bois. L’injection sous pression de produit insecticide dans ces conduits permet de traiter le cœur de la menuiserie. On repère d’abord les petits trous d’envol caractéristiques, puis on y insère des embouts ou des injecteurs spécifiques reliés à un pistolet doseur. Le produit se diffuse alors dans tout le réseau de galeries, à la manière d’un circuit sanguin que l’on assainit.

Ce type d’intervention est particulièrement recommandé sur les menuiseries anciennes de valeur que l’on souhaite à tout prix préserver. Il prolonge considérablement la durée de vie du bois, en neutralisant les larves encore actives et en créant une barrière chimique durable. Après injection, on rebouche éventuellement les orifices les plus visibles avec un mastic à bois de finition. Pour les zones structurellement très affaiblies par ces galeries, l’injection est combinée à des techniques de renforcement, comme la pose de lamelles composites ou la greffe de bois sain.

Séchage contrôlé pour atteindre un taux d’humidité inférieur à 18%

Une fois le traitement fongicide et insecticide appliqué, la phase d’assèchement est déterminante. Un bois encore gorgé d’eau ou de solvant ne pourra ni recevoir correctement la résine époxy, ni être recouvert d’une lasure ou d’une peinture performante. L’objectif est de ramener le taux d’humidité du bois en dessous de 18 %, voire autour de 15 % pour les réparations les plus exigeantes. Selon l’exposition et la saison, ce séchage peut demander de quelques jours à plusieurs semaines, d’où l’intérêt d’anticiper les travaux de réparation du bois pourri en période sèche.

Vous favorisez la circulation de l’air autour de la fenêtre, en évitant de recouvrir trop rapidement les zones traitées. Dans certains cas, les professionnels recourent à des déshumidificateurs, à des ventilations forcées ou à un chauffage ponctuel pour accélérer le processus, tout en restant vigilants à ne pas provoquer de déformations par un séchage trop brutal. Un contrôle régulier au moyen de l’hygromètre à pointes permet de décider du moment opportun pour passer à la phase de reconstitution structurelle. C’est un peu comme attendre que le béton ait pris avant de monter un mur : la patience est ici un gage de durabilité.

Techniques de reconstitution structurelle avec résines époxy et greffons

Lorsque le bois pourri a été éliminé et le support assaini, vient le temps de la reconstitution structurelle. L’enjeu est de redonner à la fenêtre en bois ses capacités mécaniques d’origine tout en respectant ses proportions, ses profils et son esthétique. Les résines époxy bi-composant, associées à des prothèses en bois dur soigneusement ajustées, permettent aujourd’hui de restaurer des éléments très dégradés sans recourir au remplacement complet du dormant ou de l’ouvrant. On combine souvent plusieurs techniques selon la profondeur des pertes de matière et l’importance des sollicitations (pression du vent, poids du vitrage, efforts de manœuvre).

Consolidation par imprégnation de résine époxyde bi-composant fluide

Sur les zones encore légèrement déstructurées mais récupérables, la consolidation par résine époxy fluide est particulièrement efficace. Après mélange soigné de la résine et du durcisseur selon le rapport indiqué (souvent de l’ordre de 2 :1), on obtient un liquide à faible viscosité capable de pénétrer profondément dans les fibres du bois. Appliquée au pinceau ou versée dans les cavités, cette résine enrobe les fibres restantes, comble les microfissures et, en polymérisant, rigidifie l’ensemble comme un béton de résine. On parle souvent d’imprégnation structurelle, qui transforme un bois fragilisé en un matériau composite bois-résine beaucoup plus stable.

Il est important de travailler par petites quantités, car l’époxy a une durée de vie en pot limitée et dégage de la chaleur en durcissant. Vous veillez également à ne pas enfermer d’humidité résiduelle sous une couche trop épaisse. Une fois la résine durcie (souvent en 12 à 24 heures selon la température), la surface peut être légèrement poncée pour éliminer les surépaisseurs et offrir une bonne accroche aux couches de rebouchage ultérieures. Cette étape de consolidation prépare idéalement le terrain pour la reconstruction volumique avec des pâtes époxy chargées ou des greffons en bois.

Pose de prothèses en bois dur : chêne, douglas ou accoya pour jonctions critiques

Lorsque la perte de matière excède quelques millimètres et que la section porteuse est entamée, la simple résine ne suffit plus : il faut alors rapporter des « prothèses » en bois sain. On privilégie des essences naturellement durables comme le chêne, le douglas ou l’accoya, capables de résister aux intempéries et de bien fonctionner en association avec le bois existant. Ces pièces sont taillées sur mesure pour épouser la forme des parties manquantes, notamment sur les traverses basses, les pieds de montants ou les nez d’appui de fenêtre.

Le collage s’effectue le plus souvent à l’aide de colles structurales (époxy pâteuse ou colle polyuréthane) qui assurent une liaison à la fois rigide et étanche. On recherche un ajustement précis, sans jour, pour éviter les stagnations d’eau et garantir la continuité mécanique. Une fois la prothèse solidaire du support, l’ensemble est poncé et profilé pour retrouver les moulures et arêtes d’origine. Vous obtenez ainsi une réparation quasiment invisible, mais mécaniquement très fiable, qui prolonge de plusieurs décennies la vie de la menuiserie.

Technique de la greffe en sifflet pour remplacement des traverses basses

La greffe en sifflet est une technique traditionnelle particulièrement adaptée au remplacement des parties basses de fenêtres en bois, souvent les plus exposées aux remontées capillaires et aux projections d’eau. Elle consiste à découper la zone endommagée selon un plan incliné (le « sifflet ») plutôt qu’à angle droit. Cette découpe oblique augmente la surface de collage entre le bois ancien et le bois neuf, ce qui améliore considérablement la résistance mécanique de l’assemblage. C’est un peu l’équivalent d’une soudure en biseau sur une pièce métallique : la contrainte est mieux répartie.

Le greffon, taillé dans une essence compatible, reprend la même inclinaison et la même section que la partie déposée. Collé à la résine époxy ou à la colle polyuréthane, il est parfois complété par un chevillage discret pour sécuriser l’assemblage en traction. Cette méthode est idéale pour les traverses basses d’ouvrants ou de dormants, qui supportent à la fois le vitrage et les efforts de manœuvre. Bien réalisée, la greffe en sifflet est quasi indétectable après ponçage et finition, tout en offrant une robustesse comparable à celle d’une pièce d’origine.

Renforcement par lamelles composites fibre de verre collées en sous-face

Dans certains cas, notamment sur des fenêtres de grandes dimensions ou très exposées au vent, un renfort discret peut être ajouté en sous-face des traverses et montants. Il s’agit de lamelles composites en fibre de verre ou fibre de carbone, collées à la résine époxy sur les faces non visibles de la menuiserie. Ces renforts fonctionnent un peu comme une armature dans un béton armé : ils reprennent les efforts de flexion et limitent les déformations dans le temps. Cette approche est particulièrement pertinente lorsque l’on souhaite conserver au maximum le bois d’origine tout en sécurisant la tenue structurelle.

La mise en œuvre nécessite un ponçage soigneux de la surface de collage, un dépoussiérage complet, puis un encollage régulier avant la pose de la lamelle. On presse l’ensemble à l’aide de serre-joints ou de cales jusqu’à polymérisation complète de la résine. Une fois le renfort en place, la sous-face peut être repeinte ou lasurée comme le reste de la fenêtre. Cette technique, encore peu connue du grand public, offre pourtant une excellente alternative au remplacement intégral des châssis, surtout sur des menuiseries anciennes à forte valeur patrimoniale.

Reconstruction partielle par la méthode du scarfing et assemblages traditionnels

Lorsque les dégradations affectent des longueurs importantes de montants ou de traverses, la réparation locale par greffon ponctuel ne suffit plus. On recourt alors à des techniques de reconstruction partielle inspirées de la charpente traditionnelle, comme le scarfing (entures en longueur) et les assemblages chevillés. L’objectif est de remplacer des tronçons entiers de bois pourri tout en assurant une parfaite continuité structurelle et esthétique. Ces méthodes exigent précision et savoir-faire, mais permettent de sauver des menuiseries en bois qui seraient autrement condamnées.

Découpe en biseau à 45° pour assemblage invisible du bois neuf

Le scarfing repose sur le principe d’une découpe en biseau à environ 45° (parfois plus faible selon les règles de l’art) sur la partie à remplacer. Ce biseau, réalisé sur toute la largeur de la pièce, augmente la surface de contact entre le bois ancien et le bois neuf, comme dans la greffe en sifflet, mais sur une longueur plus importante. Le nouvel élément, taillé avec le même angle, vient se coller en parfaite continuité, ce qui assure une bonne reprise des efforts de traction et de flexion. Une fois poncé et peint, l’assemblage devient quasiment invisible pour un œil non averti.

Vous veillez à orienter le biseau de manière à éloigner la ligne de collage des zones de stagnation d’eau, par exemple en le plaçant sur une face abritée ou sous un recouvrement. Le collage à la résine époxy, complété si besoin par un vissage ou un chevillage masqué, garantit une résistance durable, même en extérieur. Cette technique est très utilisée pour les montants verticaux dont seule la partie inférieure est pourrie : plutôt que de remplacer tout le montant, on ne change que la portion dégradée, ce qui réduit considérablement le coût et l’impact sur la menuiserie existante.

Chevillage en bois exotique et collage au polyuréthane monocomposant

Pour renforcer encore la liaison entre bois neuf et bois ancien, le chevillage reste une valeur sûre. De petits tourillons en bois exotique ou en bois dur sont insérés en travers de la ligne de joint, perpendiculairement au plan de collage. Ils fonctionnent comme des verrous mécaniques qui empêchent tout glissement ou décollement à long terme, en particulier sous l’effet des variations hygrométriques ou des efforts répétitifs d’ouverture et de fermeture. C’est un peu l’équivalent d’une couture traversante sur un vêtement qui subit de fortes tensions.

Le collage principal peut être réalisé avec une colle polyuréthane monocomposant, appréciée pour sa résistance à l’humidité et sa capacité à combler de faibles jeux, ou avec une résine époxy structurale. Les avant-trous sont percés avec précision, légèrement sous-dimensionnés par rapport au diamètre des chevilles pour assurer un serrage efficace. Une fois les tourillons collés et affleurés, l’assemblage peut être poncé et préparé pour la finition. Cette association collage-chevillage offre une sécurité supplémentaire, particulièrement appréciable sur les fenêtres soumises à de fortes contraintes mécaniques.

Réalisation d’entures multiples pour reconstitution des montants verticaux

Lorsque les montants verticaux sont atteints sur de grandes longueurs, la réalisation d’entures multiples permet de les reconstituer pièce par pièce. Plutôt que de remplacer tout le montant, on découpe plusieurs sections dégradées en alternant les plans de joint (entures droites, en sifflet ou en dents de scie), ce qui évite de concentrer les ruptures au même endroit. Cette technique, héritée de la menuiserie de restauration, garantit une meilleure répartition des contraintes le long de la pièce, un peu comme un pont à arches multiples supporte mieux les charges qu’une simple poutre.

Chaque enture est soigneusement ajustée et collée, éventuellement renforcée par des chevilles ou des vis noyées. On privilégie un bois de remplacement de même essence ou compatible, afin de limiter les différences de retrait et de dilatation dans le temps. Une fois l’ensemble reconstitué, le montant est profilé et poncé pour retrouver ses moulures d’origine, puis traité et protégé comme le reste de la fenêtre. Cette approche modulaire offre une excellente alternative au remplacement complet, tout en préservant le caractère d’époque des menuiseries anciennes.

Protection durable contre les infiltrations : lasures microporeuses et systèmes d’étanchéité

Une fois la structure de la fenêtre en bois consolidée et reconstituée, la dernière étape consiste à la protéger durablement contre les agressions climatiques. Sans une barrière efficace contre l’eau, les UV et les chocs thermiques, même la meilleure réparation finira par se dégrader prématurément. La clé réside dans l’association de finitions microporeuses de qualité (lasures, peintures) et de dispositifs d’évacuation des eaux (bavettes, rejingots, joints) qui limitent les stagnations et les infiltrations. Vous transformez ainsi une zone autrefois vulnérable en un système cohérent, pensé pour durer.

Application de lasure haute protection UV à base de résines alkydes

Les lasures microporeuses à base de résines alkydes ou alkydes-uréthane constituent un excellent choix pour protéger les fenêtres en bois restaurées. Contrairement aux vernis trop filmogènes, elles laissent le bois respirer tout en le protégeant de l’eau et des rayons UV, principaux responsables du grisaillement et du fendillement. On applique généralement deux à trois couches, en respectant les temps de séchage et en égrenage léger entre passes pour optimiser l’accroche. Une lasure de haute qualité possède souvent des additifs anti-UV et hydrofuges qui retardent l’apparition des microfissures.

Avant la lasure, un primaire d’imprégnation ou un fond dur spécifique peut être appliqué sur les zones réparées à la résine époxy ou au mastic, afin d’uniformiser la porosité du support. Vous veillez à bien insister sur les chants, arêtes et extrémités de bois, plus sensibles aux pénétrations d’eau. En entretien, un simple rafraîchissement de surface tous les 5 à 7 ans suffit généralement à maintenir une protection optimale, à condition d’intervenir avant que le film ne soit trop dégradé. C’est un peu comme un contrôle régulier chez le garagiste : de petites interventions préventives évitent les grosses réparations.

Mise en œuvre de bavettes aluminium et rejingots pour écoulement des eaux

La meilleure lasure du monde ne pourra rien contre une conception défavorable qui retient l’eau au pied de la fenêtre. C’est pourquoi la mise en œuvre de bavettes en aluminium et de rejingots adaptés est essentielle. La bavette, fixée en partie basse du dormant ou de l’appui, crée une pente franche qui guide l’eau vers l’extérieur, tout en protégeant la jonction bois-maçonnerie. Le rejingot, quant à lui, forme une petite marche ou relevé qui empêche l’eau de refluer sous la menuiserie, agissant comme un seuil étanche.

Vous veillez à respecter une pente minimale (généralement 10 % ou plus) et à soigner les relevés latéraux pour éviter les infiltrations par les extrémités. Les jonctions entre la bavette, le dormant et le mur sont soigneusement jointoyées avec un mastic adapté. Ces éléments, souvent négligés sur les anciennes fenêtres, jouent pourtant un rôle majeur dans la prévention de la pourriture du bois. En améliorant simplement l’écoulement de l’eau, on réduit drastiquement le temps de contact entre l’humidité et la menuiserie, ce qui limite la prolifération des champignons lignivores.

Calfeutrement par mastic silicone neutre acétique ou polyuréthane

Les points singuliers, jonctions et microfissures doivent enfin être traités au moyen d’un calfeutrement souple mais durable. Les mastics silicone neutres ou polyuréthanes sont particulièrement adaptés aux menuiseries bois extérieures : ils adhèrent bien sur de nombreux supports (bois, aluminium, maçonnerie) et conservent une bonne élasticité dans le temps. On les utilise pour assurer l’étanchéité périphérique entre le dormant et le mur, autour des bavettes, ou encore entre les parecloses et le vitrage lorsqu’un joint de mastic traditionnel a été choisi.

La mise en œuvre commence par un nettoyage et un dépoussiérage rigoureux des fonds de joint, éventuellement complétés par la pose d’un fond de joint en mousse pour maîtriser la profondeur du mastic. Le cordon est appliqué de manière continue, puis lissé pour chasser les bulles d’air et assurer une bonne adhérence aux rives. Vous évitez d’emprisonner de l’eau derrière le mastic en veillant à ne pas obturer les éventuels orifices d’évacuation prévus par le fabricant de la fenêtre. Un bon calfeutrement améliore non seulement la durabilité du bois, mais aussi le confort thermique et acoustique de votre habitat.

Prévention et entretien cyclique des menuiseries bois restaurées

La restauration d’une fenêtre en bois pourri ne s’arrête pas à la dernière couche de lasure ou de peinture. Pour que les travaux réalisés restent efficaces sur le long terme, un programme d’entretien préventif doit être mis en place. Vous adoptez alors une démarche comparable à celle que l’on a pour un véhicule : contrôles réguliers, petites corrections rapides, et révisions plus lourdes à intervalles définis. Cette approche permet de détecter très tôt les signes de fatigue (microfissures, cloques, reprises d’humidité) et d’y remédier avant que la pourriture du bois ne reparaisse.

En pratique, une inspection visuelle annuelle des menuiseries extérieures est un bon réflexe. On vérifie l’état des finitions, l’absence de soulèvements de peinture, la bonne tenue des joints de calfeutrement et l’écoulement correct des eaux sur les appuis et bavettes. Tous les 5 à 7 ans, selon l’exposition et le climat, un rafraîchissement des finitions (nettoyage, léger ponçage, nouvelle couche de lasure ou de peinture) permet de maintenir une barrière protectrice continue. Vous conservez ainsi une fenêtre saine, performante et esthétiquement valorisante, tout en évitant les coûts importants liés à un remplacement complet.